La dimension non verbale des candidats à l’élection présidentielle

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“Dis-moi quel geste tu préfères et je dirai si tu es de droite ou de gauche...”

 

En ces temps de meetings électoraux, il est intéressant de savoir comment les candidats s’y prennent pour influencer nos votes. Il y a bien sûr le discours qui s’adresse à nos oreilles et puis il y a celui qui s’adressent à nos.. yeux. Le spectacle vaut le détour et il est riche d’enseignement à plus d’un titre ! En observant soigneusement les prétendants, les chercheurs se sont en effet aperçus que leurs gestes ne sont pas anodins et qu’ils sont représentatifs de la manière dont ils se situent sur l’échiquier politique. Intuitivement, nous pourrions penser que les candidats ont recours à des postures choisies au hasard ou au gré du contexte. Or, il n’en est rien. Non seulement les candidats utilisent des gestes stéréotypés mais ces gestes sont représentatifs de leur camp politique.

 

La communication non verbale représente une part importante de nos échanges : qu’il s’agisse de l’intonation, des mimiques utilisées, des expression faciales ou encore de la direction du regard, tout concourt à fournir à notre interlocuteur des éléments d’informations non négligeables. En matière de communication non verbale, certaines études avancent même le chiffre de… 93% !

Même si ce chiffre est sujet à caution car émanant d’expériences peu fiables d’un point de vue méthodologique (faible effectif, non représentatif, absence de population témoin, etc.), il montre combien le non verbal nourrit tous les fantasmes. L’objet de cet article n’est pas de fournir une étude exhaustive sur la question, mais seulement de s’intéresser au langage non verbal des hommes politiques, en particulier celui proposé à l’occasion de leurs discours.

Les chercheurs ont découvert trois grands types de gestuelle : le registre « métaphorique » (M), le registre « ponctuateur » (P) et le registre « adaptateur » (A). Le premier (M) utilise des gestes supposés illustrer le discours : par ex., pour exprimer le fait qu’il faut augmenter considérablement le montant des allocations de chômage, le locuteur va ouvrir les bras et former un large cercle (il « traduit » sur le plan visuel ce qu’il décrit sur le plan du discours).

Le deuxième (P) va avoir recours à des gestes destinés à scander le discours (il attire l’attention sur l’intention sous-jacente, ses gestes ont valeur d’argumentation) : ce sont souvent des gestes rythmiques (par ex., des mains qui se lèvent et s’abaissent à un rythme régulier), des gestes bruyants (frapper du poing ou du plat de la main sur la table) ou encore des gestes déictiques (l’index pointé soit en l’air, soit en direction de l’auditoire). Le dernier registre (A) utilise des gestes sans rapport direct avec le contenu de son discours (par ex., manipuler un stylo ou une feuille de papier, ou encore se toucher fréquemment une partie du visage).

En observant la fréquence d’utilisation de ces différentes gestuelles dans les médias, les chercheurs ont observé la chose suivante : les hommes politiques de droite sont de grands « ponctuateurs », ceux de gauche de grands métaphoriques (les gestes adaptateurs sont très marginaux, voire quasiment inexistants chez la plupart des hommes politiques). Bien évidemment, les cloisons ne sont pas strictement étanches entre les deux grandes familles politiques, mais en règle générale, la répartition est respectée.

 

Par ailleurs, et c’est sans doute le point le plus important de ces enquêtes, les chercheurs ont également montré que chaque type de gestuelle flatte une partie spécifique de l’électorat.

Ainsi, les cadres (majoritairement électeurs de droite) préfèrent la gestuelle des « ponctuateurs », tandis que les ouvriers (traditionnellement plus à gauche sur l’échiquier politique) ne sont pas plus sensibles à l’une ou l’autre gestuelle (juste une faible préférence pour les gestes « métaphoriques »). Selon les chercheurs, cette préférence des cadres pour les gestes ponctuateurs s’expliquent par le fait qu’ils y attribuent une valeur argumentaire qui les séduit, une sorte de « plus value » car ces gestes sont synonymes de compétence, de cohérence, d’implication forte de l’orateur (il croit à ce qu’il dit), de confiance en soi, autant de valeurs auxquelles les cadres sont sensibles.

Question subsidiaire : les conseillers en communication suggèrent-ils aux candidats d’adopter une gestuelle particulière en fonction de la cible recherchée ? Les études ne le disent pas…

 

Dernier point, mais de taille: en interrogeant les participants aux différentes enquêtes sur les motivations qui les conduisaient à préférer tel ou tel candidat, aucun d’entre eux n’a fait allusion à la gestuelle, persuadés qu’ils étaient d’avoir uniquement choisi en fonction du contenu du discours seul. Ce résultat montre clairement que les gestes utilisés (consciemment ou pas) par les candidats orientent le jugement des électeurs à leur insu (au moins en partie)… De quoi nourrir votre réflexion à l’aube de cette élection présidentielle, et ainsi, en savoir un peu plus sur la manière dont se construit votre représentation inconsciente des candidats, histoire de savoir décrypter leur discours subliminal (non verbal) qui vous empêche parfois de voter pour un programme en restant prisonnier d’une image…

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