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Les troubles de la vue chez l'enfant

La vision de l’enfant se perfectionne au cours des premières années de la vie pour atteindre vers 3-4 ans ses capacités maximum qui sont celles de l’adulte. Dès 6 mois, l’essentiel est acquis et la vision est excellente et par exemple il peut faire très tôt la différence entre deux formes simples, rond ou carré.
mais il faut bien avoir à l’esprit et admettre que si l’enfant distingue les choses, il ne comprend pas leur signification. 

Ce n’est pas avant 6 mois qu’un enfant fera la différence entre le visage de sa mère et une tête de mannequin par exemple. Toute la difficulté est de faire la distinction entre ce que l’on voit et ce que l’on comprend : vouloir analyser l’acuité visuelle d’un enfant sans tenir compte de cette donnée fondamentale conduit tout droit à l’erreur.
Les troubles de la vue sont fréquents chez l’enfant mais là encore difficiles à détecter chez celui qui ne sait pas lire : pour pallier à cet inconvénient, les spécialistes utilisent des images-test que l’enfant doit reconnaître.
Au moindre doute, l’enfant doit être examiné par un spécialiste. A notre avis une consultation ophtalmologique systématique est nécessaire avant l’entrée à la grande école car certains troubles de la vue peuvent passer totalement inaperçus (même par l’entourage le plus proche et le plus attentif). Nous commencerons par les cas les plus graves qui sont aussi les plus traumatisants pour l’entourage.

LES ANOMALIES LES PLUS GRAVES

L’amblyopie : Les enfants amblyopes ont une vue faible de prés comme de loin et ceci même avec des lunettes ; leur acuité visuelle corrigée ne dépasse pas 3/10ème. Ils doivent être suivi de manière très attentive et sont le plus souvent orientés vers de établissements scolaires spécialement adaptés.

La cécité : Elle est fort heureusement très rare et peut se découvrir dès les premiers jours de la vie devant la mauvaise position des globes oculaires.
Mais il arrive qu’elle se découvre plus tardivement quand l’attention des parents est frappée par le fait que l’enfant ne suit pas la lumière et que son regard n’accroche pas d’autres regards.
Ce très lourd handicap nécessite une prise en charge précoce et le plus souvent en internat spécialisé car c’est souvent le meilleur moyen d’aider ces enfants à surmonter leur infirmité.

LES ANOMALIES LES PLUS COURANTES

L’hypermétropie : Schématiquement le globe oculaire est trop court, les rayons visuels convergent derrière la rétine, ce qui entraîne un effort d’accommodation pénible et dont l’efficacité est limitée. Un grand nombre d’enfant sont hypermétropes mais ce défaut se corrige avec l'âge.

La myopie : Ici au contraire le globe oculaire est trop long et les images se formeront en avant de la rétine. En cas de myopie légère, une certaine accommodation est possible.
Il n’est pas rare de voir des familles où les myopes sont nombreux (cette affection semble héréditaire). Il est donc impératif de surveiller les enfants à risque qui, dans la majorité des cas, porteront des lunettes.

L’astigmatisme provient d’un défaut congénital portant sur l’inégalité des rayons de courbure de la cornée qui entoure l’œil.
Il existe de multiples petits signes susceptibles d’attirer l’attention sur ces défauts de vision :
- Maux de tête le soir
- Rougeur des yeux
- Clignement des paupières
- Lecture trop rapprochée
La correction optique n’est pas toujours indispensable mais le port des lunettes est conseillé ; l’enfant s’y habitue d’ailleurs très vite.

Strabisme. Un enfant a un strabisme lorsqu’il louche, caractéristique d’un défaut de convergence des deux axes visuels vers le point fixe : l’enfant ne regarde qu’avec un seul œil, presque toujours le même.
Le strabisme est tantôt divergent (déviation de l’œil en dehors), tantôt convergent (déviation de l’œil en dedans), plus rarement déviation en haut ou en bas voire plus complexe.
Tout enfant de plus de 6 mois ayant un strabisme doit être examiné rapidement par un ophtalmologiste.
En effet il est essentiel de commencer la rééducation le plus tôt possible : celle-ci fait appel à la pose de cache sur l’œil directeur de manière à « forcer » l’œil qui ne travaille pas. Les lunettes sont pratiquement indispensables et en général très bien supportées chez l’enfant même de quelques mois.
Quoiqu’il en soit, la rééducation d’un enfant strabique est toujours longue et fastidieuse ; elle doit être poursuivie pendant plusieurs années. Ainsi pourra-t-on éviter dans la plupart des cas une intervention chirurgicale correctrice qui, de toute façon, ne sera jamais entreprise avant 6 à 7 ans.
Deux raisons majeures conduisent à ne pas négliger le strabisme :

Lorsque l’enfant se sert toujours du même œil et que l’autre divague en dehors ou en dedans, cela signifie que ce deuxième œil est déficient. Si il n’y a pas de rééducation ni de correction de l’œil handicapé, l’image médiocre et parasite qu’il fournit sera peu à peu éliminée de la conscience. Le résultat est une « quasi cécité par défaut d’usage ». La situation devient alors irrécupérable et l’intervention chirurgicale ne pourra alors que corriger le facteur esthétique.

Il faut enfin se rappeler que tout enfant qui louche subit un double handicap : visuel bien sûr mais aussi psychologique car très tôt ses camarades d’école vont se moquer de lui. Nous savons combien les mots peuvent être cruels pour celui dont le regard a quelque chose d’étrange et de fuyant…

CONCLUSION

Les troubles de la vue comme ceux de l’ouïe sont dans la grande majorité des cas corrigibles de manière efficace. Au moindre doute, la recherche d’un spécialiste se justifie car, comme nous l’avons mis en évidence dans les deux cas, les apparences peuvent être trompeuses. Il n’est pas rare que des défauts visuels ou auditifs soient décelés tardivement.
En tout état de cause le dépistage systématique en fin de maternelle nous paraît indispensable.

Propos du Docteur P. SAGLIER
Pédiatre

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