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Les troubles du sommeil

Quel parent n’a pas un jour été réveillé par les hurlements de son enfant en pleine nuit !
Le sommeil de l’enfant constitue une source d’anxiété pour la famille toute entière.
Les troubles du sommeil constituent un symptôme dont il n’est pas toujours facile de comprendre la signification, et peuvent retentir plus ou moins lourdement sur l’équilibre familial.

La science progresse lentement dans ce domaine et grâce à l’encéphalogramme, nous connaissons maintenant les rythmes du sommeil (voir le Livret 7). Le sommeil paradoxal est indispensable à la maturation du cerveau des nourrissons car il favorise la multiplication des contacts entre les neurones.
Quant à la manière de guérir les troubles du sommeil, elle relève plus de la psychologie que de la médecine proprement dite comme nous allons le voir.

DE LA NAISSANCE A TROIS MOIS

Chez le nouveau-né, le sommeil dure environ 16 heures par jour avec des cycles de 3 à 4 heures. A cet âge, les troubles du sommeil sont souvent dus à une application trop stricte et trop rigide du régime alimentaire : dans les premières semaines de la vie, le biberon ou la tétée de nuit sont une nécessité pour l’enfant dans la plus grande majorité des cas. En général, ces fringales nocturnes se terminent vers la 6ème semaine.
Aucun traitement ne paraît justifié sinon veiller à une meilleure adaptation du régime alimentaire (attention cependant à l’idée faussement répandue que « plus l’enfant est gavé, mieux il dormira » !).

DE TROIS MOIS A UN AN

C’est la période privilégiée des insomnies infantiles. Dans la majorité des cas, il est nécessaire de rappeler que c’est dans la journée qu’il faut rechercher la raison des troubles du sommeil.
Les causes les plus fréquentes sont chez l’enfant :

La séparation avec le milieu habituel.
C’est le cas schématique de l’enfant confié à un tiers (crèche, nourrice, grand parents…) lors de la reprise du travail par la maman. Souvent, l’enfant vit très mal cette séparation. Actuellement, les pédiatres insistent beaucoup sur la nécessité absolue de préparer l’enfant à ce que sera son nouveau genre de vie. Par exemple lui présenter sa future nourrice et l’habituer peu à peu, dans les semaines suivantes, à ce nouveau contact et à ses nouveaux horaires.
Ainsi, l’enfant, même très jeune, accepte mieux la séparation imposée par les circonstances et, dans le meilleur des cas, ne ressent pas d’anxiété génératrice de divers symptômes dont le plus fréquent se manifeste par des troubles du sommeil.

La mise à l’école trop précoce.
Avant 3 ans, le contact brutal avec le monde scolaire est souvent une source d’anxiété. Le tout-petit perdu au milieu des autres ne retrouve plus les rites affectueux et familiers si nécessaires à sa joie de vivre… il naît alors en lui une anxiété qui provoque cauchemars, sommeil agité et insomnies.
Il est nécessaire pourtant de nuancer ce tableau qui pourrait paraître caricatural et faux car certains enfants très jeunes ne sont pas perturbés lors de leur entrée à l’école sans doute… parce qu’ils y ont été préparés.
L’anxiété se remarque en particulier chez les enfants qui ont déjà été plus ou moins traumatisés par une ou plusieurs séparations malencontreuses ou encore chez ceux dont la vie n’a été jusque là qu’un dialogue quasi exclusif avec la mère, enfin chez ceux qui sont, par constitution ou par hérédité, des hypersensibles, des timides ou des renfermés.

Le retrait tardif de la chambre des parents.
Nous devons rappeler que l’enfant ne doit pas dormir, dans la mesure du possible, dans la chambre de ses parents. Dans la grande majorité des cas, si cette séparation est trop tardive, les nuits deviennent alors difficiles pour tout le monde ! Tout se passe comme si le cordon ombilical devait être coupé pour la deuxième fois.

Certaines habitudes rigides.
Pour ne donner qu’un exemple : l’apprentissage trop strict de la propreté peut provoquer chez l’enfant une peur de « se mouiller » la nuit, peur qui va engendrer des troubles du sommeil.

Certaines tensions occasionnelles.
L’absence d’un être cher, le père qui voyage, la mère qui va accoucher sont autant de troubles qui risquent de perturber de façon plus ou moins durable le cycle des nuits de l’enfant.

Les erreurs d’hygiène de vie.
La fatigue, le bruit, la télévision, l’excès de chaleur ou de froid… la liste est bien longue… occasionne, comme pour les adultes, des troubles du sommeil.

LES PARTICULARITES DES TROUBLES DU SOMMEIL CHEZ L’ENFANT

Les difficultés de l’endormissement.
Bien des enfants ont peur de l’obscurité… d’autres, des animaux, des voleurs ou bien encore des fantômes. D’autres encore se sentent frustrés parce qu’ils ont trop peu vu leur mère ou leur père…
Dès lors, la « cérémonie du coucher » avec sa perspective d’isolement, de nuit noire ou de cauchemars peut devenir une source intarissable de caprices.
Chacun connaît ces rituels où l’enfant « use » littéralement ses parents en les appelant dix fois de suite : « maman, un baiser », « maman, j’ai soif » « papa, j’ai trop chaud… trop froid» « j’ai envie de faire pipi » etc.…
Souvent, il va réclamer un objet (en général toujours le même) ou son « doudou » qui va représenter pour lui son ami, son confident ou son fétiche… alors va commencer le rite « conjuratoire » où l’angoisse nocturne est l’ennemi.
Le problème à résoudre n’est pas simple :
Devons-nous forcer l’enfant à accepter son isolement alors que l’angoisse est bien réelle ?
Au contraire, devons-nous, par « sensibilité », le satisfaire dans ses caprices sachant qu’il est certain que « affection et angoisse » deviendront prétexte à un chantage tyrannique ?
La réponse se trouve dans la notion essentiel d’équilibre de la famille. Si tout le monde est sur les nerfs, rien de bon n’en sortira…

Les cauchemars.
Rêves d’anxiété, ils se produisent durant le sommeil paradoxal et augmentent en intensité jusqu’à réveiller l’enfant. Les cauchemars laissent en général des souvenirs précis si bien que
la plupart du temps, l’enfant est capable d’exprimer son anxiété ; il se laisse alors consoler et se rendort facilement.

Les terreurs nocturnes. (surtout chez les enfants de 4 à 7 ans)
Elles ne constituent pas de vrais rêves et surviennent pendant le stade du sommeil lent profond. Les terreurs nocturnes se manifestent par des grognements, des sueurs froides ou des troubles respiratoires. L’enfant à demi réveillé s’agite et exprime par son attitude une profonde angoisse. Souvent, il ne se réveille même pas et quand il semble réveillé, il ne reconnaît pas les siens…de toute façon, il est très difficile de le rassurer.
Contrairement aux cauchemars, l’enfant n’a , le lendemain, aucun souvenir, de cet épisode nocturne.

Le somnambulisme.
Cette manifestation est assez rare. Chez le somnambule, il existe une dissociation des phases éveil/sommeil : la partie inférieure du cerveau (cortex) est en sommeil profond tandis que la partie postérieure est en état de demi-éveil si bien que l’enfant peut bouger (par exemple s’asseoir sur son lit ou se déplacer dans la maison), parler et répondre aux questions tout en étant endormi. En général, le lendemain, il ne garde aucun souvenir de son épisode nocturne.

Autres manifestations :
L’enfant peut aussi émettre des « grincements de dents » ou bien encore des phénomènes « d’automatismes verbaux » qui témoignent d’une certaine anxiété.

LES TRAITEMENTS CONTRE LES TROUBLES DU SOMMEIL

Ils sont toujours difficiles pour le pédiatre et pour les parents.
Il faut savoir proscrire l’équation : Troubles du sommeil = Médicaments
La meilleure façon de résoudre le problème est d’essayer de comprendre la signification de ces troubles du sommeil. Ce qu’il faut modifier c’est le comportement de l’enfant dans la journée : le rapport avec les adultes, le genre de vie qu’il mène etc. plutôt que d’avoir recours aux drogues.

CONCLUSION

Pour les troubles du sommeil, le traitement réside avant tout dans l’observation et la réflexion sur le mode de vie de l’enfant (passé et actuel) ; la pharmacie n’intervient qu’en complément si nécessaire… seule, elle est inefficace.

Propos du Docteur P. SAGLIER
Pédiatre

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