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Le Stress

Stress au travail, stress consécutif à un divorce, ou tout simplement stress à l’idée de prendre l’avion. Ce terme renvoie à de multiples situations anxiogènes. Si les facteurs de stress sont devenus aussi nombreux, c’est sans doute parce que les conditions de vie actuelle semblent plus compliquées à appréhender qu’autrefois. Nos ancêtres étaient-ils moins stressés que nous ? Rien n’est moins sûr car ils avaient à faire face à des situations largement aussi pathogènes qu’aujourd’hui (famine, guerre, épidémie, etc.). Ce qui semble avoir changé concerne les aléas de notre monde moderne. Notre époque aux contours de moins en moins prévisibles accentue notre fragilité psychologique, d’où un stress accru…

Qu’est-ce que le stress ? Ce mot anglais utilisé depuis 1936 à la suite de H. Seyle, recouvre en premier lieu toute une série de modifications d’ordre physiologique : l’organisme mobilise certaines ressources afin de fournir une réponse adaptée aux sollicitations inhabituelles dont il est l’objet (élévation du rythme cardiaque, augmentation du taux de glucose, production d’hormones spécifiques, libération d’acides gras, etc.). Le stress correspond donc à un profond bouleversement de l’équilibre de l’organisme. Cette rupture s’effectue principalement sous l’influence de substances chimiques particulières, les hormones. La plus connue est le cortisol. Pourtant, elle n’est pas la seule. En fait, il existe deux grands mécanismes physiologiques qui permettent à l’organisme de s’adapter à une situation inhabituelle : le système catécholaminergique (qui produit entre autres une hormone connue de tous, l’adrénaline) et le système corticotrope (responsable de la production de cortisol). Le rôle des catécholamines (donc, de l’adrénaline) est d’aider l’organisme à trouver le plus rapidement possible une réponse adaptée à la situation. A l’inverse, le rôle des glucocorticoïdes (donc, du cortisol) est, dans un premier temps d’atténuer, voire de supprimer les effets du stress aigu induit par les catécholamines. Ce mécanisme d’interaction entre deux systèmes antagonistes permet de mieux comprendre pourquoi le stress n’est pas nécessairement pathogène : c’est seulement la durée de la réponse qui peut l’être ainsi que sa non-pertinence. En effet, une fois que la personne stressée a trouvé la réponse adaptée à la situation stressante, le niveau des corticoïdes revient à la normale. Dans ce cas, le stress a été bénéfique. En revanche, lorsque la personne ne parvient pas à identifier et à contrôler les agents stressants, et en particulier lorsqu’elle a l’impression de ne pas avoir la maîtrise de la situation, alors le stress qu’elle est en train de vivre risque de devenir pathogène. Son taux de cortisol reste anormalement élevé, et les conséquences peuvent s’avérer catastrophiques.

Car, comme chacun le sait, le stress n’est pas anodin. Sur le plan physique (le stress est responsable de l’augmentation de bon nombre de maladies cardio-vasculaires) mais également sur le plan psychique. Car le stress contribue à affaiblir l’estime de soi : la personne stressée se sent incompétente (puisque ne parvenant pas à régler efficacement la situation), elle culpabilise, elle a le sentiment de ne pas être à la hauteur de la situation, et en se dévalorisant ainsi, elle risque d’éprouver encore plus de difficultés à faire face aux agents stressants, ce qui va la fragiliser encore un peu plus. C’est là l’un des effets les plus pervers du stress, c’est qu’il s’auto-entretient. Il existe ainsi un certain nombre de réactions qui alimentent le stress. Prenons un exemple pourtant très banal et à priori absolument pas anxiogène : les prochaines vacances de M. Morin en Tunisie. M. Morin devrait être ravi à la perspective de ce voyage ; pourtant, à 15 jours de son départ, M. Morin ne parvient pas à se détendre. Il devient irritable, dort mal et commence à mettre en doute le bien-fondé de ce voyage. Comme M. Morin, avant un départ à l’étranger, certaines personnes deviennent nerveuses et ont des problèmes d’insomnie car, non seulement elles anticipent tous les préparatifs du voyage, et le stress qui y est associé, mais elles se projettent dans les situations anxiogènes qu’elles pensent rencontrer à l’occasion de ce voyage : peur de l’avion, questionnement à propos de l’hébergement sur place, dépaysement, adaptation aux coutumes locales, etc. Au lieu d’anticiper « raisonnablement » et d’avoir confiance dans leurs capacités d’adaptation, elles se laissent submerger par des pensées incohérentes. En d’autres termes, au lieu d’aller puiser dans le « positif », elles se tournent systématiquement vers le « négatif ». L’apparition de ces « mauvaises pensées » n’est rendu possible que parce que la personne stressée utilise ce que les psychologues appellent des biais cognitifs. Il s’agit de processus qui nous permettent d’appréhender le monde grâce à des grilles de lecture simplifiées. Par exemple, comme dans le cas de M. Morin, l’anticipation exagérée constitue un biais cognitif : en pratiquant de la sorte, on a en apparence l’impression de mieux préparer son voyage alors que dans la réalité, on s’éloigne du plaisir qu’il est censé lui procurer. Autres exemples de « biais cognitifs » responsables de stress : penser en termes de tout ou rien (pensée dichotomique), ne remarquer que les événements stressants (attention sélective) ou tirer des conclusions hâtives à propos d’événements isolés (surgénéralisation), autant de processus cognitifs qui nous éloignent d’une pensée « positive » car ils nous amènent à penser que nous ne pouvons agir sur les événements, donc que nous n’avons aucune responsabilité dans ce qui nous arrive !

On ne le dira jamais assez mais en cas de stress durable, il est essentiel de consulter, non seulement un médecin, mais aussi un psychologue. Les études sur cette question montrent que les personnes souffrant de stress ont souvent tendance à négliger cette piste thérapeutique. Or, une aide sur le plan psychologique leur permettrait de faire le point sur leur situation et repérer plus facilement les causes éventuelles de leur stress, leur permettant d’agir plus efficacement sur elles. Il existe plusieurs techniques pour atténuer les effets du stress. Certaines font appel aux techniques de relaxation : yoga, sophrologie ou certaines pratiques plus spécifiques comme le training autogène de Schulz où l’on enseigne aux personnes stressées comment abandonner leur attitude défensive face à l’adversité (serrer les poings ou les mâchoires, bander les muscles de son corps, etc.) pour y substituer une attitude plus en rapport avec nos contraintes modernes. D’autres techniques proposent au sujet stressé un traitement qui prend en compte la dimension « cognitive ». On lui fournit de la « connaissance »  (d’où l’utilisation du terme « cognitif », du latin cognitus qui signifie connu) à propos de son stress : identification des agents stressants, mise en évidence des différents biais cognitifs qui alimentent le stress, mise en place d’un programme destiné à chasser et à remplacer ces mauvaises pensées par des pensées plus efficaces et plus appropriées, etc.

EN SAVOIR PLUS ?
Apprenez à repérer les niveaux de stress acceptables pour votre organisme.
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