En 1986, une étude a répertorié près de 400 techniques à vocation psychothérapique. Les propositions en matière de psychothérapie sont certainement encore plus nombreuses aujourd’hui. Pourquoi un telle profusion, et surtout, comment s’y retrouver ?
Plusieurs facteurs expliquent l’engouement actuel pour la psychothérapie. Nous cherchons tous une réponse à un monde de plus en plus imprévisible ; par ailleurs, nous éprouvons moins de gêne à consulter un « psy » que par le passé ; enfin, les recherches en psychologie ont permis de fournir des modèles théoriques variés, nous fournissant ainsi une offre psychothérapique de plus en plus étoffée. Revenons sur ce dernier point. De multiples sources d’inspiration ont servi de cadre à l’élaboration des différentes théories à l’origine des psychothérapies. Certains « psys », fidèles à l’école béhavioriste, ont développé des techniques qui font la part belle au conditionnement (PNL). D’autres ont préféré s’inspirer du schéma de l’appareil psychique décrit par Freud pour proposer des psychothérapies dont l’objectif essentiel est de « travailler » sur les conflits infantiles inconscients (psychanalyse). D’autres encore ont mis à profit les découvertes en matière de communication pour proposer des thérapies fondées sur la dynamique de groupe (psychodrame). Il existe d’autres manières de distinguer les différences psychothérapies entre elles : le critère « durée » (brève, moyenne ou longue), le critère « conscient / inconscient » selon que la psychothérapie aborde ou non cette dimension dans sa pratique, le critère « nature de la pathologie » ou encore le critère « sévérité ». Ces différents critères permettent parfois de mieux s’y retrouver mais pour autant, ils ne garantissent pas que la démarche entreprise sera efficace. Car la grande question (ô combien légitime) à propos des psychothérapies concerne leur efficacité.
Les études sont assez controversées sur cette question. Ainsi, on dit souvent que la psychanalyse serait plus indiquée pour se libérer d’un traumatisme infantile, que les thérapies cognitives (qui proposent de travailler sur la connaissance que l’on a de son mal-être) sont plus appropriées pour les phobies, que les psychothérapies à visée humaniste sont plus efficaces pour lutter contre le stress ou la dépression, etc. En fait, tout dépend de l’objectif recherché… En effet, si de manière générale, le but de toute psychothérapie est de soulager le patient de son mal-être, toutes les psychothérapies ne cherchent pas à agir de manière identique. Il existe trois grandes familles de soin pyschothérapique :
Les psychothérapies de soutien : cette forme de thérapie a pour objectif d’obtenir une suppression du symptôme en renforçant les mécanismes de défense du patient et en lui permettant de développer de nouveaux mécanismes de contrôle sur sa pathologie (hypnose suggestive, catharsis émotionnelle, relation d’aide, etc.).
Les psychothérapies rééducatrices: par ce terme, on désigne habituellement toutes les psychothérapies qui permettent au patient de modifier son comportement et ses relations à autrui, et ce même s’il n’accède pas à la compréhension de ses conflits intérieurs de manière consciente (comme la thérapie comportementale par exemple).
La psychothérapie reconstructive: cette dernière catégorie fait allusion aux techniques qui permettent d’obtenir un changement durable au niveau de la personnalité du patient grâce à l’élaboration et la compréhension de ses conflits inconscients (la psychanalyse constitue une psychothérapie reconstructive par excellence).
Prenons l’exemple d’une personne qui consulte un psychothérapeute parce qu’elle ne parvient pas à surmonter un deuil. Après avoir entendu de manière empathique la souffrance de cette personne, le praticien pourra par exemple lui demander d’exprimer la colère qu’elle ressent face à cette perte (la colère constitue une phase caractéristique du deuil). En faisant cela, il permet au patient de renforcer ce mécanisme de défense qui se met en place de manière quasi automatique en cas de frustration intense (ce qui est le cas lors d’un deuil). Si la personne se sent comprise et apaisée à l’issue de cet(ces) entretien(s), elle sera sur le chemin d’une meilleure acceptation de la perte de l’être cher : en tant que psychothérapie de soutien, cette démarche aura eu une certaine efficacité. Un autre psychothérapeute aura pu tout aussi bien agir sur le contrôle de cette colère au lieu de la laisser s’exprimer. Il aurait pu par exemple proposer à la personne un traitement cognitif : apprendre à identifier sa colère, puis à la canaliser afin de ne pas la subir. Un troisième aurait pu quant à lui travailler sur la résonance qu’évoque cette perte pour le patient (d’un point de vue analytique, la perte d’un être cher renvoie invariablement au complexe d’Œdipe, c’est à dire à la frustration infantile consécutive à la perte du parent du sexe opposé en tant qu’objet exclusif de désir). Dans ce dernier cas, la mise à jour d’un complexe mal résolu pourrait expliquer pourquoi le patient ne parvient pas à surmonter cette perte.
On le constate aisément : l’efficacité dépend du type de traitement envisagé (et donc de l’objectif recherché). Il est donc difficile de parler d’efficacité en général car le même symptôme pourra être traité selon des approches théoriques différentes, et les résultats obtenus ne seront pas de même nature. Par ailleurs, il est important de noter qu’une même thérapie ne produira pas les mêmes bienfaits chez tous les patients (de la même manière que les médicaments n’auront pas des effets identiques chez tous les patients). Car différents facteurs interviennent dont la personnalité du patient, sa répulsion / attraction à l’égard de telle ou telle approche, ses expériences précédentes en matière de psychothérapie, etc. En définitive, aucune méthode ne peut être écartée à priori, et c’est bien là que réside la difficulté lorsque nous cherchons à entreprendre une démarche de soin psychique…
Dernier point d’importance : il ne faut pas attribuer une importance excessive aux techniques utilisées car elles n’interviennent que pour une part modeste dans le processus de guérison. Différentes études récentes ont en effet mis en évidence quels étaient les différents facteurs responsables d’une amélioration. Il est étonnant de constater que l’amélioration de l’état du patient ne dépend que dans une faible mesure de la technique employée (15%). L’attente du patient (le fait que le patient croit en la possibilité d’une guérison grâce à la psychothérapie) est aussi importante que la technique elle-même (15%). En revanche, les facteurs communs à l’ensemble des psychothérapies semblent jouer un rôle non négligeable puisqu’ils expliquent pour 30% l’amélioration de l’état du patient sur le plan psychique (les 40 derniers % étant attribués à des rémissions spontanées). Parmi ces facteurs communs à l’ensemble des méthodes utilisées en psychothérapie, nous trouvons la qualité de l’alliance thérapeutique entre le patient et le psychothérapeute (comment patient et thérapeute se « ressentent » mutuellement), la motivation du patient (l’efficacité sera d’autant plus grande que le patient sera motivé pour entreprendre une psychothérapie), ses attentes (des attentes élevées mais réalistes contribueront à une guérison plus rapide), le sentiment que la psychothérapie aide le patient à expérimenter de nouveaux comportements plus appropriés, le sentiment que la psychothérapie favorise l’émergence d’une valeur personnelle (« je suis une personne valable et j’ai confiance en moi »), le sentiment de mieux maîtriser son développement personnel (la possibilité de « reprendre mon destin en main »), ou encore le sentiment que la psychothérapie aide la patient à mieux gérer ses émotions
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