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La Libido

« Vous avez des problèmes de libido ? Achetez du Viagra ! » Pour la plupart d’entre nous, le terme « libido » est à mettre en rapport direct avec notre activité sexuelle. Il est désormais passé dans le langage courant : c’est ainsi qu’on parlera de « panne de libido », de « libido en berne », etc. Or, cette acception est réductrice car le terme désigne bien plus que cela…

Ce terme, d’origine latine, est synonyme de désir et de concupiscence. Freud fut le premier à populariser ce concept mais reconnaît l’avoir emprunté au psychologue allemand A. Moll auteur d’un ouvrage intitulé « Recherches sur la libido sexuelle ». Pour Freud, la libido est une force quantitativement variable nous permettant de mesurer les processus et les transformations dans le domaine de l'excitation sexuelle. Ce terme désigne donc l'énergie psychique du désir ou plus généralement l’énergie qui sous-tend tout mouvement ou comportement en rapport avec l’amour (amour entendu ici au sens large). Le psychanalyste Carl Jung proposera quant à lui une autre définition moins centrée sur la sexualité puisqu’il la présente comme l'énergie motrice des instincts de vie. Ce refus par Jung de la théorie pansexuelle freudienne provoquera d’ailleurs un différend d’une ampleur telle que Jung décidera de se séparer de Freud et de fonder une théorie psychanalytique dissidente. 

Selon Freud, la libido a une importance fondamentale dans les conduites humaines puisqu'elle les conditionne en partie et à des degrés divers selon les stades de développement psychosexuel de l'individu. Qu’est-ce qu’un stade de développement psychosexuel ? Selon la psychanalyse, l’individu, depuis sa naissance jusqu’à la puberté, va traverser un certain nombre de stades qui se caractérisent chacun par un objet d’investissement particulier. En d’autres termes, chaque stade correspond à une zone érogène dominante : d’abord oral entre 0 et 18 mois (l’enfant est très attiré par le plaisir provoqué par les sensations buccales), ensuite anal entre 18 mois et 3 ans (l’enfant recherche le plaisir associé aux sensations anales), puis phallique (entre 3 et 5 ans) ; apparaît alors une période de latence jusqu’à la puberté où débute le dernier stade, le stade génital.

Que se passe-t-il au niveau libidinal ? La libido, à travers les différents stades traversés, est supposée changer de but sans heurts et parvenir à l’hétéro-sexualité avec le stade génital. Ainsi, au stade anal, entre 18 mois et 3 ans, la libido investit les matières fécales, c’est à dire que l’enfant recherche un plaisir en relation avec la zone anale et il portera un intérêt particulier à tout ce qui lui rappelle de près ou de loin ces matières fécales (comme par exemple la boue). Au stade phallique, la zone érogène dominante est constituée par les organes génitaux, à savoir le pénis chez le garçon et le vagin chez la fille : à ce stade, les expériences génitales sont nombreuses (découverte du plaisir lié à la masturbation avec érection nette pour le garçon et attouchements du clitoris pour la fille). Par la suite, la libido va alimenter les activités intellectuelles (en particulier à la période de latence) mais elle ne disparaît pas pour autant: elle est seulement détournée vers un but socialement acceptable et reste enfouie à l'intérieur de l'individu. C'est ce mécanisme de défense du moi (déplacement de la libido narcissique vers la libido objectale et en particulier vers un objet possédant une valeur sociale positive) que l'on appelle sublimation. Enfin, la zone génitale (pénis ou vagin) devient la zone érogène dominante du dernier stade (d’où l’expression « stade génital »).

Bien entendu, l’individu ne parvient pas nécessairement à franchir tous les stades sans heurts. Il est même courant qu’il connaisse des difficultés, difficultés qui laisseront des traces dans la formation finale de son caractère. Ainsi, un stade pourra être plus investi qu’un autre : la libido risque alors de rester fixée (en partie ou en totalité) à l’un de ces stades. L’étape qui est réputée la plus difficile à franchir selon Freud est celle du stade phallique. En effet, à partir de ce stade, la sexualité enfantine jusqu’ici auto-érotique devient désormais objectale : la libido commence à s’investir sur les parents (le choix « amoureux » de l’enfant se porte sur le parent du sexe opposé). C’est ce que Freud nomme le complexe d’Œdipe. La résolution (ou liquidation) du complexe d’Œdipe s’accomplira à la fin de ce stade phallique : le garçon, par peur de la castration, renoncera à la possession de la mère, abandonnant dans le même temps son attitude hostile vis-à-vis de la personne qu’il considérait comme son rival, le père, tandis que la fillette, par peur de perdre l’amour maternel, renoncera à posséder (et avoir un enfant) du père. Ces renoncements, sous l’effet d’un puissant refoulement, permettront de liquider le complexe d’Œdipe : l’identification au parent du même sexe que l’enfant s’en trouvera renforcée. Si le complexe d’Œdipe n’est pas résolu de manière satisfaisante, la libido n’atteindra pas le stade génital ultime. Elle risque alors de régresser vers un stade antérieur, ce qui se traduira par un comportement de perversion selon Freud. Si le moi tente de s’opposer à cette régression, alors l’individu deviendra névrosé. Pour Freud, les névroses et les perversions constituent des transformations pathologiques de la libido.

Notons pour finir que Freud établit une distinction entre la libido narcissique et la libido objectale. Dans la première, la libido investit le moi : l’enfant ne peut pas encore se considérer comme un sujet (il est centré sur lui-même) ; dans la seconde, le sujet investit des objets extérieurs (le moi de l’enfant déplace sa libido narcissique vers l’extérieur, en d’autres termes, il prend un autre objet que lui-même comme objet d’amour). Ces deux modes d’investissement s’équilibrent : quand l’un augmente, l’autre diminue (et vice-versa). En situation amoureuse, la libido objectale prend le dessus ; mais la libido est capable de se replier sur soi si l’individu n’a personne à aimer. Conséquence : la santé mentale dépend de cette capacité à osciller entre libido narcissique et libido objectale.

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