Avez-vous une peur irraisonnée des araignées ? Des serpents ? Du vide ? De parler en public ? Des endroits clos ? Si c’est le cas, alors il y a de fortes probabilités pour que vous soyez une personne atteinte de phobie (du grec phobos, qui signifie effroi)…
D’innombrables phobies ont été répertoriées à ce jour (pas moins de 6456 selon l’association psychiatrique américaine !). En théorie, n’importe quel objet ou situation peut devenir anxiogène à partir du moment où il a été associé à un événement douloureux. C’est ainsi qu’on peut devenir phobique des fers à repasser (pressophobie), des dés à coudre (digiconsuérophobie), des nains de jardin à brouette (nanopabulophobie), de la Joconde (jacondophobie), des autocollants (stickophobie), des grenouilles (batracophobie), de Tintin (tintinophobie) ou encore… des Français (francophobie)…
C’est une phénomène extrêmement courant (plus d’une personne sur dix souffre, à des degrés divers, de phobies). De manière générale, ce sont les femmes qui sont le plus souvent atteintes.
La phobie est considérée comme un syndrome d’anxiété pathologique, aux côtés des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), des crises de panique, des crises d’anxiété généralisée (TAG) et du stress post-traumatique. Mais à la différence du TAG qui est caractérisé par un état de tension et d’anxiété permanent sans aucune raison apparente, la phobie se déclenche toujours lorsque le sujet est confronté à une situation précise (prendre l’avion par exemple) ou un objet particulier (un animal par exemple) mais qui, la plupart du temps, n’est pas dangereux en soi. Il existe différents degrés de phobies : certaines sont banales et sans conséquence sur la vie quotidienne (comme la peur des serpents par exemple), d’autres sont nettement plus handicapantes (comme les phobies sociales – cf. plus bas).
L’origine des phobies
Rappelons que la peur fait partie de notre clavier de réponses comportementales innées : elle est en effet indispensable à notre survie car elle constitue un signal d’alerte en cas de danger. Ce n’est que lorsque cette peur devient incontrôlable qu’elle provoque une véritable phobie. On ne connaît pas précisément l’origine de cette maladie. Il existe sans doute une prédisposition familiale mais aucune étude sérieuse n’a permis de démontrer qu’il s’agissait d’une transmission à un niveau génétique. On peut seulement avancer que la famille transmet une sorte de « vulnérabilité émotionnelle » (pour reprendre l’expression du psychiatre Christophe André) qui accentuerait la disposition phobique chez l’enfant.
Selon les partisans de l’école béhavioriste, certaines phobies seraient acquises par conditionnement : il suffit d’être confronté une ou plusieurs fois à une situation extrêmement traumatique pour qu’un seul élément de cette situation puisse devenir à son tour anxiogène, entraînant un comportement d’évitement à son égard (conditionnement aversif). La phobie peut même se déclencher uniquement en regardant une personne être effrayée : par contamination mentale, nous serons à notre tour sensibles au stimulus déclencheur (apprentissage par imitation selon Bandura et Rosenthal). Ainsi, dans une expérience devenue célèbre, des singes sont devenus phobiques à un serpent (alors qu’avant l’expérience, ils ne l’étaient pas) uniquement parce qu’ils avaient vu leurs congénères pousser des cris d’effroi en présence de cet animal.
Pourquoi une phobie s’installe-t-elle durablement ?
On pourrait penser qu’il suffit que la personne phobique se rende compte que sa peur de l’objet est irraisonnée pour que l’objet devienne inoffensif. Or, il n’en est rien. La prise de conscience n’empêche nullement l’apparition des symptômes propres à la phobie : sueurs, sensations d’étouffement, sentiment d’oppression, tremblements, etc. Par ailleurs, la plupart des phobiques s’arrangent avec leur phobie en évitant les situations anxiogènes. Ce procédé d’évitement est relativement efficace car il agit comme une récompense : en effet, lorsque la personne phobique évite l’objet ou la situation traumatisante, son anxiété diminue. Néanmoins, ce procédé ne permet nullement de se débarrasser de sa phobie puisque l’évitement ne fait que perpétuer les réactions de peur face aux stimuli anxiogènes.
Comment se débarrasser de nos phobies ?
Il existe différentes méthodes. Des techniques de thérapie comportementale sont proposées par les partisans de l’école béhavioriste dont l’idée maîtresse est de déconditionner le sujet à sa peur en l’invitant à s’habituer progressivement à la situation ou à l’objet anxiogène. La plupart du temps, on place d’abord le sujet dans une situation anxiogène virtuelle (devant un écran d’ordinateur). Puis progressivement, on le confronte à une situation réelle (par exemple, dans le cas de l’arachnophobie, on lui fait toucher des araignées). Pour d’autres types de phobie, les anxiolytiques (dont le rôle est de diminuer le taux d’anxiété du sujet) sont plus indiqués. Cette technique médicamenteuse est efficace avec certaines phobies spécifiques comme la peur de l’avion par exemple. L’école psychanalytique quant à elle considère que la phobie est l’expression d’un mal-être plus profond. Elle proposera donc aux sujets phobiques de travailler sur la phobie en tant que symptôme d’une souffrance qui n’a rien à voir avec l’objet phobique.
L’une des phobies les plus courantes : l’agoraphobie
N’avez-vous jamais été pris de vertige soudain, de sensation d’étouffement, de bouffées d’angoisse à l’idée de traverser une place bondée (le mot agora vient du grec qui signifie place) ? Parmi l’ensemble des phobies répertoriées, l’agoraphobie est la plus fréquente et la plus sérieuse. Dans le langage courant, l’agoraphobie désigne la crainte des grands espaces (place, marché, plage, etc.). Pour un psychologue, l’agoraphobie fait référence à la peur de perdre le contrôle de la situation, ce qui se traduira par diverses attitudes : sentiment d’être étouffé par la foule environnante, impossibilité de traverser une place publique ou de faire la queue à une caisse de supermarché… Face à telles situations, les sujets agoraphobes sont souvent pris de panique, les empêchant d’agir de manière appropriée. Comme dans la claustrophobie (peur des espaces clos), une des premières réactions va consister à imaginer une sortie de secours possible. Mais le moyen le plus sûr consiste à mettre en place un comportement d’évitement qui peut aller jusqu’à une isolation sociale complète.
La phobie sociale
Appelée encore trouble d’anxiété sociale, la phobie sociale représente l’une des phobies les plus handicapantes pour les personnes qui en souffrent. Elle se caractérise par une peur panique de se retrouver au centre de l’attention par crainte d’être ridicule. De manière générale, ces personnes ont toujours l’impression que les regards sont tournés vers elles, et la moindre maladresse peut provoquer un sentiment de honte qui les conduit à rougir excessivement, à bégayer ou même à s’enfuir. A la différence des personnes timides qui ne vont pas nécessairement ressentir de signes d’anxiété face aux situations qui les mettent mal à l’aise, les personnes atteintes de phobie sociale vont présenter des signes de panique simplement à l’idée de parler en public, d’affronter son supérieur ou encore de se présenter à un rendez-vous galant… On imagine aisément que le processus d’évitement mis en place pour réduire l’anxiété de ce genre de phobie est particulièrement invalidant puisqu’il conduit ces personnes à réduire leurs relations à un cercle très restreint de connaissances. Lorsqu’elle est particulièrement invalidante, la phobie sociale peut conduire à la dépression, voire au suicide pour les cas les plus extrêmes.
En savoir plus :
Ce sujet vous passionne ? Ce thème
est traité de façon plus approfondie dans notre formation “PSYCHOLOGIE GENERALE ” .