Pour la plupart des adolescents, le premier rapport sexuel survient environ vers l'âge de 17 ans. Et les impressions sur cette première expérience sont globalement assez mitigées. Car malgré les flirts qui ont précédé, malgré tout ce que l'on a pu leur raconter pour les préparer, cette première expérience se joue dans la plus stricte intimité. Ils se retrouvent soudain face à eux-mêmes sans le secours d'aucun soutien extérieur. La peur de ne pas bien faire, d'être maladroit, de paraître ridicule... toutes ces craintes assaillent l'adolescent au seuil de son émancipation sexuelle (nous reviendrons sur ce sujet avec le tableau indiquant les principales peurs exprimées par chaque partenaire à l'occasion du premier rapport).
Il existe, il est vrai, des conditions qui expliquent ce phénomène. Tout d'abord, le manque de confiance. L'adolescent a peur de décevoir : saura-t-il être "à la hauteur" de la situation ? Cette image de son moi nouvellement établi le fragilise. Certains, pour affronter la situation, joueront les blasés; d'autres préféreront se réfugier dans le travail scolaire plutôt que d'essuyer un éventuel affront. L'inconnu fait peur ! D'autant que la situation où l'acte sexuel est possible n'est pas toujours prévisible : il est donc difficile de s'y préparer psychologiquement.
En fait, l'adolescent a peur de son propre désir. C'est la raison pour laquelle il a besoin du groupe, à l'intérieur duquel il évolue, pour le sécuriser et le conforter dans son image d'adolescent. L'acte sexuel devient un défi qu'il doit relever pour ne pas perdre la face aux yeux des autres camarades. Cet aspect se retrouve beaucoup plus facilement chez le garçon pour qui l'impulsion de départ est nettement plus souvent le désir sexuel à l'état "brut" doublé d'un désir de performance et de défi : il s'agit dans ce cas de se prouver sa virilité à soi-même tout autant qu'aux autres. Pour la fille, le mécanisme est différent : la dimension affective est souvent très importante et le fait d'accepter de faire l'amour avec un partenaire correspond souvent à un désir plus profond de construire une relation durable. Il existe cependant des adolescentes qui font l'amour avec un "partenaire d'un soir" sans se soucier de la dimension sentimentale. Les raisons sont multiples : simple désir sexuel, défi au même titre que les garçons devant les copines jalouses, transgression de l'interdit parental, affirmation de son pouvoir de séduction encore naissant, désir d'effacer le souvenir d'une masturbation mal vécue...
Il n'est pas inutile d'insister sur le contexte de la "première fois" et sur ses effets à long terme : pour l'adolescent, le choix du premier partenaire à l'intérieur d'une relation amoureuse constitue un acte important car il va augurer de la teneur des relations futures. Si cette première expérience se déroule uniquement sur le plan mécanique, sans aucun moment de tendresse ni de réel partage des sentiments, les conséquences peuvent être néfastes pour les deux partenaires. Si, de plus, le rapport sexuel se déroule sur un mode brutal, sans respect mutuel (c'est généralement beaucoup plus traumatisant pour la fille), cette première expérience peut laisser des séquelles sur la sexualité future (frigidité par exemple).
Ainsi, la première expérience sexuelle ne résulte pas toujours d'un désir intime partagé mais exprime parfois les enjeux d'un phénomène d'affirmation de la personnalité sociale. Cependant, les circonstances qui favorisent nos premiers émois amoureux se déroulent souvent au plus profond de notre être, à l'abri de tous les regards. Qui n'a pas fantasmé en secret sur les charmes de la voisine ou du voisin d'en face ? Qui n'est pas devenu rouge de confusion en face de l'un de ses professeurs ? Qui n'a pas ressenti les premiers élans du cœur aux côtés de son (sa) joli(e) camarade de classe ? A l'époque de la puberté, les circonstances pour exprimer ses sentiments sont innombrables. Mais le passage à l'acte est souvent bien plus difficile que l'on croit.
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