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Le mensonge

Quoi de plus révoltant pour les parents que de prendre l'enfant en flagrant délit de mensonge ? Pour certaines familles, c'est la manifestation caractérisée d'un enfant pervers, vicieux, irrécupérable... "Ton péché te mènera tout droit en enfer!" car, en effet, "cet enfant qui ne cesse de mentir est nécessairement sur la mauvaise pente et je ne donne pas cher de son avenir!" Pour d'autres, au contraire, le mensonge, c'est le signe d'une intelligence supérieure qui sait utiliser toutes les ressources de la ruse pour arriver à ses fins ! Vous vous dites certainement que ces deux positions sont quelque peu caricaturales ? Soit ! Et pourtant elles ne sont pas si éloignées que ça de certains jugements que l'on porte fréquemment sur le mensonge enfantin.

Avant toute chose, l'adulte est-il aussi vertueux qu'il veut bien le dire ? Ne sommes-nous pas les premiers à utiliser le mensonge afin de servir des intérêts "supérieurs" ? Dans le commerce, les affaires, les relations d'amitié, d'amour... à tel point que le mensonge constitue une éternelle source d'inspiration pour les écrivains, les poètes, les cinéastes... et les enfants !!! Et que penser de ces mythomanes que l'on rencontre tous les jours au café, dans les réunions politiques, au cours des débats télévisés, etc...? Par ailleurs, l'enfant menteur deviendra-t-il nécessairement un adulte menteur ? Quel regard doit-on porter sur cette "activité" particulièrement présente chez l'enfant à cet âge ?

L'enfant, au contraire de l'adulte, ne possède pas encore les moyens pour connaître la réalité objective et y faire face. Nous avons vu qu'un enfant de 6-7 ans ne parvenait pas encore parfaitement à intégrer les différents points de vue nécessaires pour se faire une opinion satisfaisante de la réalité qui l'entoure. Entre l'imaginaire et le réel, la distinction est souvent délicate pour un enfant à l'imagination fertile : en conséquence, on peut déjà dire que l'enfant ment plus dans les mots qu'en pensée.

Pour l'adulte, en revanche, le mensonge enfantin est souvent vécu comme une atteinte aux valeurs morales qui sont à la base des rapports entre les individus. Mais comment un enfant à peine sorti de son égocentrisme pourrait-il deviner qu'il en train de bafouer une quelconque règle de moralité ? Entre 7 et 10 ans, la pensée logique, sociale et morale se construit progressivement : l'enfant doit intégrer un nombre considérable d'éléments lui permettant de structurer sa personnalité, tant sur le plan cognitif que social, et ces efforts se traduisent pour l'instant par des attitudes incohérentes et partiellement inadaptées. Dans ce sens, le mensonge peut traduire cette difficulté que l'enfant éprouve à intégrer le réel.

Nous voyons dans le cours de psychologie de l'enfant comment certaines perceptions incomplètes de la réalité amenaient l'enfant à avoir un discours contradictoire. Dans ce cas, l'enfant ne ment pas pour dissimuler mais pour faire coïncider la réalité avec la perception qu'il a de cette réalité : l'enfant ne ment pas, il "déforme le réel"! C'est ce que l'adulte appelle pourtant un mensonge. Examinons d'un peu plus près les différents acceptations du mot "mensonge".

Le mensonge-affabulation : l'enfant s'arrange avec la réalité tout en préservant sa vie imaginaire. La réalité lui semble tellement lointaine, tellement inaccessible... tellement adulte. Or, l'enfant sait qu'il a besoin du monde adulte, en particulier pour se faire aimer. Le mensonge lui sert alors de trait d'union entre l'imaginaire et le réel, entre son monde d'enfant et le monde des adultes : c'est un compromis qui lui paraît intéressant car il lui permet de faire cohabiter deux mondes aux contenus parfois opposés. Les parents pensent souvent que c'est parce que l'enfant veut se rendre intéressant mais ce genre de mensonges, lorsqu'il devient régulier, traduit généralement des tensions plus préoccupantes dont un manque de tendresse quasi systématique.

QUE FAIRE ? ne jamais laisser croire à l'enfant que vous êtes dupe. Il est important que l'enfant ne confonde pas le réel et l'imaginaire : l'imaginaire, c'est lui qui fixe les règles, mais le réel, ce sont les parents. Mais ce sont également les parents qui donnent de l'amour : ne l'en privez pas!

Le mensonge-provocation : c'est une sorte de crise d'opposition mais qui utilise des formes plus subtiles. Lorsque l'enfant grandit, son désir d'autonomie lui fait vivre parfois certains conflits : aux alentours de 2-3 ans, il manifeste ce que nous avons appelé un négativisme ; un peu plus tard, il continue à s'opposer à ses parents mais en cherchant à atténuer cette opposition pour éviter de perdre leur amour. Il se sert alors du mensonge dans un but détourné : chercher la contradiction et la faire accepter afin de faire accepter son opposition. Car l'enfant recherche la voie idéale pour accéder à son indépendance mais dans le même temps, il veut conserver votre amour. Il "joue" sur les deux tableaux !


Le mensonge-provocation : c'est une sorte de crise d'opposition mais qui utilise des formes plus subtiles. Lorsque l'enfant grandit, son désir d'autonomie lui fait vivre parfois certains conflits : aux alentours de 2-3 ans, il manifeste ce que nous avons appelé un négativisme ; un peu plus tard, il continue à s'opposer à ses parents mais en cherchant à atténuer cette opposition pour éviter de perdre leur amour. Il se sert alors du mensonge dans un but détourné : chercher la contradiction et la faire accepter afin de faire accepter son opposition. Car l'enfant recherche la voie idéale pour accéder à son indépendance mais dans le même temps, il veut conserver votre amour. Il "joue" sur les deux tableaux !

QUE FAIRE ? Accepter l'incohérence cognitive propre au stade qu'il traverse ne signifie pas que vous devez accepter qu'il l'utilise comme une arme au niveau affectif. En effet, si vous réagissez sur le mode affectif (par exemple, vous mettre en colère, le gronder, lui faire la morale, le culpabiliser, etc...), vous acceptez que le mensonge devienne une forme de dialogue entre vous et lui et vous aurez des difficultés à faire cesser cette pratique. Dans ce cas du mensonge-provocation, l'attitude la plus appropriée consiste à refuser l'échange au niveau émotionnel : dites simplement à l'enfant qu'il n'a pas besoin de vous mentir sans cesse pour que vous compreniez qu'il traverse une période difficile et par-dessus tout, assurez-le de tout votre amour car il a besoin d'être aidé et entouré dans ces moments difficiles.

Le mensonge-jeu : lorsque l'enfant ne trouve pas dans le jeu une manière satisfaisante de travestir la réalité et qu'il ne parvient pas à l'intégrer sur le mode ludique (soit parce qu'il ne joue pas assez, soit parce qu'il joue "mal", avec des jouets inadaptés à son âge par exemple), il peut se mettre à mentir afin de travestir le monde des adultes "pour de rire". Il joue à mentir en quelque sorte : il sait pertinemment que ce qu'il dit est faux mais il le fait quand même car il a besoin de "tordre le cou" au monde réel ; cependant, il sait que c'est un jeu.

QUE FAIRE ? Il est impératif de faire comprendre à l'enfant la différence qui existe entre le mensonge "pour de rire" qui ne porte pas à conséquence et le mensonge "pour de vrai" qui n'est pas acceptable. Si votre enfant vous amène sur le terrain du mensonge "pour de rire", n'hésitez pas à répondre sur le mode ludique à votre tour mais faites-lui bien sentir que vous avez bien compris que c'était un jeu : il ne faut jamais laisser passer une occasion de renforcer les notions de vrai et de faux ! En revanche, si votre enfant commence à mentir et refuse que vous le considériez comme un jeu, c'est qu'il cherche une confrontation dans le style de celle que nous avons décrite plus haut.

Le mensonge-disculpation : le mensonge le plus courant consiste à nier être l'auteur d'une bêtise pour mieux l'attribuer à son petit frère ou à un camarade de classe. Il est généralement dû à l'angoisse de la punition. L'enfant croit échapper aux foudres des parents en tentant de minimiser, voire de nier sa participation à l'action incriminée.

QUE FAIRE? Avant toute "inculpation", il est important de voir si l'enfant dit vrai afin de lui donner le modèle d'une véritable justice où l'accusé est d'abord présumé innocent. Si vos soupçons sont avérés, il est inutile de culpabiliser l'enfant. Parlez avec lui, mais sans vouloir obtenir la vérité à tout prix : contentez-vous de lui laisser le bénéfice du doute, surtout s'il s'obstine à nier. Dites-lui, surtout s'il est encore jeune, que vous lui conservez tout votre amour, même si c'est lui qui a commis la faute. Demandez-lui de vous pardonner si vous le suspectez à tort... mais aussi de se pardonner à lui-même si c'est lui qui l'a commise.

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