S’il est un concept difficile à cerner parmi tous ceux que la psychologie aborde, c’est bien celui de l’intelligence. Demandez autour de vous quelle définition on pourrait en donner… Vous vous apercevrez très vite de la confusion sémantique qui règne autour de ce concept ! Si personne ne réussit à s’accorder sur la définition de ce mot, c’est sans doute parce que l’intelligence recouvre des compétences extrêmement variées. En effet, de nombreux comportements peuvent être qualifiés d’intelligent : savoir résoudre une équation, apprendre une poésie par cœur (et surtout la retenir), réussir à assembler un puzzle, etc.
Si l’on y regarde de plus près, la plupart des définitions ont quelque chose en commun : un acte devient intelligent s’il est dirigé vers un but et s’il permet à l’individu de s’adapter à la situation. Par exemple, on dira d’un animal qu’il est intelligent s’il sait adapter sa conduite aux données d’un problème. Mais tous les animaux ne font pas preuve de la même intelligence : une poule devant une portion de grillage non fermée fera des allers et retours pour tenter d’attraper de la nourriture située de l’autre côté souvent sans y parvenir (ou alors par le plus grand des hasards) ; en revanche, un chimpanzé n’hésitera pas une seule seconde : il contournera le grillage afin d’atteindre l’objet de sa convoitise. Cet exemple nous amène à nous poser une première question : certains animaux sont-ils plus intelligents que d’autres ? Si nous nous en référons à la situation précédente, nous aurions tendance à penser que le chimpanzé est plus intelligent que la poule, sauf qu’il s’agit ici d’une expérience de laboratoire : en milieu naturel, la poule n’aura pas à résoudre les mêmes problèmes que ceux posés au chimpanzé, et elle aura la plupart du temps des comportements adaptés à sa situation, tout comme le fera également le chimpanzé dans son habitat naturel. Tenter de classer les espèces en fonction de leur niveau d’intelligence n’intéresse pas vraiment le psychologue. Il est en effet nettement plus pertinent de raisonner en termes de variétés d’intelligence et qu’en termes de niveaux d’intelligence.
En revanche, il peut être extrêmement fructueux de tenter de comprendre pourquoi, à l’intérieur d’une espèce donnée possédant à priori le même bagage génétique, certains individus ont des comportements plus intelligents que d’autres. Cette interrogation évoque une problématique fondamentale : à quoi peut-on attribuer cette disparité ? Est-ce parce que nous ne naissons pas avec la même « quantité » d’intelligence à la naissance (théorie innéiste), ou bien est-ce parce que nous n’avons pas tous eu la chance d’avoir un environnement propice à l’expression de l’intelligence (théorie environnementaliste) ? Ce débat a fait (et fait encore) rage à l’intérieur de la communauté scientifique : de Platon à Piaget, en passant par Gall (un médecin allemand qui pensait que chaque fonction intellectuelle se nichait dans un endroit précis du cerveau et qu’elle pouvait se développer jusqu’à provoquer des bosses distinctives de chaque catégorie d’intelligence, comme la « bosse des maths » par exemple) ou encore Bouchard, innéiste convaincu dont les études sur les jumelles ont défrayé la chronique… Si chacun campe sur des positions aussi tranchées, parfois avec beaucoup de virulence, c’est parce qu’il défend une conception particulière de l’intelligence fondée sur des convictions intimes pas toujours très scientifiques ! Pourtant, d’innombrables études ont été menées sur cette question, en particulier sur les jumeaux monozygotes (MZ) élevés séparément, c’est à dire issus d’un même œuf et possédant le même patrimoine génétique, population de prédilection des psychologues. En effet, si l’on observe, malgré le fait d’avoir été élevés dans des environnements différents, des performances intellectuelles identiques, alors on ne pourra l’attribuer qu’à leur patrimoine génétique identique permettant l’expression d’une même intelligence. De manière générale, ces études laissent entrevoir une certaine prééminence de l’inné dans les manifestations de l’intelligence. Cependant, ces études ont été entachées de nombreux biais méthodologiques (dénoncés par les environnementalistes) qui amènent à tempérer quelque peu les résultats (certains chercheurs innéistes ont même délibérément falsifié leurs résultats afin de présenter des chiffres qui corroboraient parfaitement leur théorie). Par ailleurs, on a souvent mal interprété les résultats (on a dit par exemple que l’intelligence était à 70% de nature innée) alors qu’aucune méthode scientifique ne permettait de tirer cette conclusion. En définitive, tenter de déterminer quelle est l’influence respective de l’inné et de l’acquis dans les performances intellectuelles ne présente pas beaucoup d’intérêt pour le psychologue : après avoir déterminé que la génétique contribuait à l’expression de l’intelligence (mais à quoi ne contribue-t-elle pas ?), le débat entre l’inné et l’acquis en matière d’intelligence (comme dans d’autres domaines – cf. la fiche L’inné et l’acquis) reviendrait à s’interroger « sur le rôle prépondérant de la longueur ou de la largeur dans la surface d’un rectangle » (Roubertoux & Carlier).
Si une telle polémique autour de l’inné et de l’acquis a pu exister à propos de l’intelligence, c’est parce que les chercheurs sont partagés quant à la conception même de ce concept.
Pour schématiser, nous dirons qu’il existe deux conceptions radicalement différentes. La première considère l’intelligence comme un processus global, autrement dit une personne qui sera intelligente dans un domaine le sera également dans tous les autres domaines. Cette conception a été défendue par Spearman (1927) qui s’est appuyée sur une analyse mathématique compliquée (l’analyse factorielle) pour montrer que l’intelligence était unidimensionnelle et qu’elle s’exprimait à travers un facteur unique, le facteur g : ce facteur représenterait une sorte d’ « énergie mentale » présente dans la plupart des comportements intelligents (en fait, on s’apercevra que ce facteur était surtout à l’œuvre dans les tests de raisonnement qui font appel à notre capacité à appliquer des relations logiques entre différents éléments). A l’opposé, nous trouvons une position multidimensionnelle de l’intelligence défendue par Thurstone (années 30) : autrement dit, on peut fort bien réussir à une épreuve (les mathématiques) et échouer à une autre (la philosophie) puisque ce ne sont pas les mêmes processus intellectuels qui sont à l’œuvre. Thurstone dénombra ainsi 5 aptitudes fondamentales relativement indépendantes les uns des autres : le raisonnement, le langage, la fluidité verbale, l’aptitude à manier les chiffres et l’aptitude spatiale. Par la suite, d’autres psychologues (Horn et Cattell en 1966, Carroll en 1993) proposeront des modèles qui constitueront des sortes de compromis entre les deux théories précédentes.
De nos jours, on considère que l’activité intellectuelle peut s’exercer dans des domaines qui ne sont pas uniquement verbaux ou conceptuels. La théorie d’Howard Gardner (cf. la fiche sur le QI) propose ainsi de distinguer pas moins de 8 ou 9 « intelligences » différentes dont l’intelligence logico-mathématique ou l’intelligence langagière, mais également l’intelligence musicale, kinesthésique (particulièrement présente chez les sportifs, les danseurs ou les comédiens) ou encore interpersonnelle (cette forme d’intelligence se traduit par une grande capacité d’introspection, d’analyse de ses émotions et de ses sentiments).
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Est-on plus intelligent aujourd’hui qu’hier ? Les femmes sont-elles plus intelligentes que les hommes ? A quel âge est-on le plus intelligent ? Qu’est-ce qu’un surdoué ? Qu’est-ce que le syndrome de Down ? Le QI mesure-t-il vraiment l’intelligence ?
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