L’univers des sons est-il plus indispensable à l’homme que le monde des images ? Cette question peut être discutée longtemps mais un argument de taille plaide pour la prééminence de l’audition : Elle conditionne le langage.
un peu d’anatomie…
Les sons se concentrent dans le pavillon de l’oreille et se transmettent par le conduit auditif ; ces deux éléments constituent l’oreille externe. Elle peut être absente dans le cas de certaines malformations exceptionnelles relevant alors de la chirurgie. L’oreille externe peut être infectée (eczéma, furoncle du conduit auditif…) mais cela ne trouble que rarement l’audition ou de façon très passagère.
L’oreille moyenne est formée par le tympan qui capte les sons et vibre sous leur impulsion ; celui-ci transmet alors ces vibrations à une chaîne d’osselets qui les communique à l’oreille interne par une autre membrane. Cet ensemble est logé dans ce que l’on appelle la « caisse du tympan ». Celle-ci est en relation avec l’arrière nez au moyen de la trompe d’Eustache très réduite chez l’enfant (ce qui explique ainsi la fréquence des otites consécutives aux infections de cette région). Les otites, par leur fréquence et leur répétition peuvent devenir chroniques, générant des surdités parfois sévères.
Par contre, l’oreille interne logée profondément dans les os du crâne n’est qu’exceptionnellement atteinte par les affections. Elle conduit au nerf auditif transformant schématiquement les vibrations des sons en impulsions électriques destinées au cerveau.
LES SURDITES
Les surdités totales sont le plus souvent présentes dès la naissance. Elles sont parfois acquises au cours de la grossesse par maladie (rubéole par exemple) mais le plus souvent elles résultent de troubles génétiques.
Une surdité totale et profonde, d’apparition tardive, peut être la conséquence d’une maladie infectieuse comme une méningite ou peut provenir parfois d’une intoxication médicamenteuse. Elle peut aussi résulter de lésions cérébrales d’origine traumatique.
La conséquence de l’absence totale d’audition oblige l’enfant à vivre dans un monde de silence. Il est alors fondamental de bien comprendre que l’enfant ne peut acquérir le moindre langage : il devient sourd-muet.
Dans les surdités partielles, le déficit peut porter uniformément sur toute l’échelle sonore ou se limiter à certaines fréquences : aigus, graves ou médium. Dans ces cas là, le langage se développe d’une façon imparfaite : on ne peut répéter que ce que l’on entend clairement.
D’où l’existence de toute une gamme de troubles du langage variant avec l’intensité et la nature de la surdité.
Il faut savoir que les surdités acquises ont un effet variable selon leur précocité et leur importance : cela va des cas sérieux avec régression du langage jusqu’à l’enfant prétendu distrait dont la surdité se manifeste uniquement par des difficultés scolaires.
L’enfant malentendant est encore trop souvent jugé coupable avant que l’on ne comprenne son handicap.
DEPISTAGES DES TROUBLES DE L’AUDITION
De ce qui précède nous pouvons nous pouvons imaginer toute l’importance d’un dépistage précoce. Néanmoins, il faut savoir que la rééducation de l’enfant sourd ne peut pas s’entreprendre avant un an.
Dans le but de mettre en évidence le plus tôt possible un trouble de l’audition, de multiples études et expériences ont essayé de déceler un trouble de l’audition par des moyens propres au nouveau-né. Pour intéressantes que soient ces méthodes, leur fiabilité n’est pas encore absolue dans un sens comme dans l’autre mais il paraît néanmoins judicieux d’en continuer l’étude.
L’observation familiale est au premier plan : un effort d’attention et d’observation est nécessaire pour déceler la surdité d’un enfant face aux bruits ambiants de différentes qualités. Il faudra toujours se méfier d’un enfant qui ne babille pas et ne sourit pas à l’incitation sonore. La difficulté est d’autant plus grande que l’enfant sourd n’est pas aveugle : il est sensible aux odeurs, aux sensations tactiles et aux déplacements d’air dus aux mouvements de son entourage. Des réactions attribuées à l’ouïe peuvent provenir d’autres sensations…
De toute manière un dépistage systématique devrait être organisé vers 9-12 mois. Il ne peut être réalisé que par une équipe médicale très spécialisée car même entre les meilleurs mains, des erreurs dans un sens ou dans l’autre sont toujours possibles.
Lorsque l’on a franchi cette première étape qui va de l’hypothèse d’un trouble à sa forte présomption, des examens de haute technicité permettent de confirmer ou d’infirmer sa réalité et de préciser sa nature (études des potentiels évoqués).
Avant 5 ans, le diagnostic repose sur une observation très soigneuse et des méthodes scientifiques très sophistiquées. Après 5 ans, un audiogramme banal peut suffire.
En pratique, le soupçon doit naître d’une observation familiale très attentive. Dans certains cas, ce sont les éducateurs (jardinières d’enfant ou professeurs) qui alertent la famille sur des comportements qui semblent liés à la surdité. Comme nous l’avons déjà affirmé, la confirmation fait appel à une équipe médicale avertie et peut justifier un ensemble d’examens spécifiques.
TRAITEMENT
La plupart des surdités totales du petit sont du domaine des centres de rééducation hautement spécialisés, obligeant parfois à la mise en internat de ces enfants. Certaines formes de surdité totale sont parfois justifiable d’un appareillage correctif.
Par contre, les surdités partielles posent des problèmes moins ardus : l’entourage doit être mis au courant, s’habituant à hausser la voix. Les appareillages de plus en plus perfectionnés deviennent maintenant très efficace. Enfin il est évident qu’une surdité liée à une infection de l’oreille moyenne impose un traitement rigoureux de ces infections (otites).
propos du Docteur P. SAGLIER
Pédiatre
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