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Le Quotient Intellectuel

Quel est l'animal qui marche sur quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi et sur trois pattes le soir ? Certains parmi vous ont certainement reconnu l’énigme posé par le Sphinx de la mythologie grecque qui terrorisait tous ceux qui ne parvenaient pas à résoudre cette énigme. Avez-vous trouvé la solution, comme Œdipe le fit avant vous, libérant ainsi Thèbes de ce fléau ?  Si c’est le cas, vous avez réussi ce que l’on peut certainement appelé le premier test d’intelligence connu ! Pourtant, il faudra attendre de nombreux siècles avant de voir apparaître une méthode fiable d’évaluation de l’intelligence

Les premiers tests de QI sont apparus relativement tardivement dans l’histoire de la psychologie puisqu’ils ont été inventé au début du XXème siècle par un psychologue français devenu célèbre, Alfred Binet. En 1904, le ministère de l’Instruction Publique (l’Education Nationale de l’époque) demande à Binet de se pencher sur la question de l’instruction des enfants anormaux. Un an plus tard, Binet, en collaboration avec Théodore Simon, met au point la première « Echelle Métrique de l’Intelligence ».

En quoi consiste cette première méthode d’évaluation de l’intelligence ? Binet propose aux enfants toute une série d’épreuves en relation avec des tâches de la vie quotidienne : énumérer les personnages d’une gravure, nommer une clé, répéter trois chiffres, distinguer la main droite de la main gauche, dire son âge, recopier un carré, etc. Prenons un enfant de 5 ans par exemple. S’il parvient à répondre à l’ensemble des questions auxquelles la plupart des enfants de son âge répond correctement, c’est que son âge mental correspond à son âge chronologique. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il est soit en avance, soit en retard par rapport à cette norme. Quel est le but de cette évaluation? Le test de Binet-Simon est conçu au départ comme un outil de diagnostic permettant de détecter les enfants en difficulté. Mais en s’exportant aux Etats-Unis, ce test va connaître certaines dérives. Des psychologues comme Terman ou Yerkes vont proposer des adaptations à des fins de classifications discriminatives. Ainsi, dans les années 1920, le test de Stanford-Binet (version américaine du Binet-Simon) servira à sélectionner les futurs immigrants qui cherchent à s’installer aux Etats-Unis. Mais ce test n’ayant pas été adapté aux populations concernées, les résultats furent passablement aberrants. A en croire les résultats, 83% des juifs, 80% des Hongrois, 79% des Italiens et 87% des Russes étaient des débiles mentaux !

Ce dernier exemple illustre une chose : pour être valides, les tests de QI, au même titre que n’importe quel autre test, doivent répondre à certaines exigences : la fidélité (si l’on fait passer un test deux fois à un même sujet, on doit obtenir des résultats sensiblement identiques), la sensibilité (un test aura une sensibilité d’autant plus grande qu’il comportera un nombre d’échelons plus importants permettant de classer les sujets plus finement) et la validité (un test doit pouvoir mesurer ce que le chercheur veut qu’il mesure et pas autre chose). C’est cette dernière qualité qui est la plus recherchée lors de la construction d’un test mais pas nécessairement la plus simple à obtenir car il faut pouvoir disposer de critères objectifs. Par exemple, dans un test de mémoire, pour mesurer la capacité de rappel d’un sujet, on présentera une liste de mots et on notera le nombre de mots présentés. Dans un test de QI, les critères utilisés sont nettement moins objectifs et ce pour une bonne et simple raison : personne ne s’accorde réellement sur ce qu’est un comportement intelligent. Dans ces conditions, comment le mesurer ?

Dans la pratique, on considère que des tests d’intelligence peuvent répondre à plusieurs types de critères : soit on définit à priori l’intelligence comme une aptitude particulière (par exemple, l’aptitude à résoudre des problèmes) et on construit des tests qui consistent à résoudre des problèmes, soit on décide que l’intelligence est un critère objectif comme l’aptitude à réussir sur le plan scolaire (et on construit des tests en relation avec les matières enseignées), soit enfin on a recours à extraire un certain nombre de facteurs (calculés statistiquement) supposés intervenir dans nombre de comportements intelligents, et on construit des tests destinés à mesurer ces facteurs. C’est cette dernière méthode qui est la plus utilisée pour construire un test de QI.
Mais revenons à l’histoire du QI et à son évolution…
Le test de Binet-Simon fournissait un point de repère quant au retard ou à l’avance de l’enfant par rapport aux enfants du même âge. Mais il avait le défaut de ne pas rapporter ce décalage à l’âge de l’enfant. Or, un retard de six mois n’a pas la même signification s’il affecte un enfant de 5 ans ou s’il affecte un enfant de 13 ans : en effet, pour le premier, le retard accusé est plus important ; proportionnellement à son âge, qu’il ne l’est pour le second. Pour contourner cette difficulté, un psychologue allemand, William Stern, eut l’idée, en 1912, de rapporter le retard d’un enfant à sa tranche d’âge. La véritable formule du QI venait de naître : âge mental / âge chronologique x 100 ! Pourtant, nous n’en sommes qu’au début de l’aventure psychométrique…

En 1939, un psychologue américain, David Wechsler, propose d’abandonner la formule du QI de Stern pour lui préférer le QI par rang : le sujet se situe en fonction du rang qu’il occupe par rapport au reste de la population et non plus uniquement en fonction de son âge mental (la notation par âge mental ne signifie plus rien chez l’adulte puisque la croissance mentale se ralentit progressivement vers l’âge de 15-16 ans). Par définition, le QI moyen est égal à 100. D’autre part, Wechsler souhaite faire passer, non pas une mais plusieurs épreuves à l’intérieur d’un même test afin de mesurer toutes les manifestations d’intelligence telles qu’on peut les rencontrer dans la vie courante, rejoignant ainsi l’approche de Binet. C’est la création de la première échelle d’intelligence pour adultes (WAIS). Des échelles pour enfants seront également construites selon le même principe (WPPSI pour les 3–7 ans, WISC pour les 5-15 ans).

D’autres tests verront également le jour, mais de conception sensiblement différente, comme le PMA (Primary Mental Abilities) de Thurstone, ou encore le K-ABC de Kaufmann (test destiné aux enfants). Plus récemment, des auteurs ont cherché à élargir le concept d’intelligence en proposant d’évaluer d’autres dimensions de l’intelligence, comme l’intelligence artistique ou encore l’intelligence sociale. La théorie d’Howard Gardner (1993) par exemple, appelée théorie des intelligences multiples, propose de distinguer près d’une dizaine de manifestations d’intelligence possibles, parmi lesquelles l’intelligence musicale, l’intelligence kinesthésique ou encore l’intelligence interpersonnelle (être capable de décrypter les émotions d’autrui et de leur attribuer une signification pertinente). D’autres auteurs (O’Sullivan & Guilford) ont quant à eux mis l’accent sur l’importance de l’intelligence sociale (être capable de prévoir le comportement d’autrui, de décoder les gestes, d’identifier le rôle de chacun, etc.). Bien qu’intéressantes, ces dernières approches présentent cependant un écueil de taille : les tests destinés à évaluer ces différentes aptitudes sont extrêmement compliqués à mettre au point et leur dépouillement constitue pour certains psychologues un véritable cauchemar psychométrique.

EN SAVOIR PLUS ?
Que mesure réellement un test de QI ? Quelle est la différence entre le QI de Stern et le QI de Wechsler ? Pourquoi est-il nécessaire de faire passer plusieurs tests de QI plutôt qu’un seul ? Comment construire un test de QI ?
Ce sujet vous passionne ? Il est traité de façon plus approfondie dans notre formation “PSYCHOLOGIE GENERALE”.

Réponse : l'humain, qui marche à quatre pattes lorsqu'il est bébé, sur ses deux jambes dans le milieu de sa vie, et à trois « pattes » lorsque, vieux, il s'appuie sur une canne.

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